mercredi 16 septembre 2026

Pour la rentrée, avec Yvann Alexandre, un vent d'Ouest souffle sur Pôle Sud

Avec discrétion et générosité, Joëlle Smajda qui a piloté pendant de nombreuses années la destinée de Pôle Sud offre comme cadeau de départ à Yvann Alexandre une saison 2026/2027 complice. Elle qui avait, au départ dans cette MJC de quartier sous la houlette d'Alain Py, développé l'activité et la création autour de la Danse, avec comme résultat d'y amener un public nombreux, et d'offrir à Pôle Sud le statut de Centre de Développement Chorégraphique National, elle y a développé les résidences et les créations avec de nombreux-euses chorégraphes (certain(e)s ont maintenant une résonnance internationale). Elle a aussi ouvert les collaborations, autant avec le Ballet de l'Opéra National du Rhin que le Maillon, partenaire de diffusion et d'accueil. Et elle a œuvré à la mise en réseau et la collaboration de structures dans le Grand Est, en France, dans les pays limitrophes et à l'international (en particulier avec l'Afrique).

Ce paysage a tout pour plaire à Yvann Alexandre qui, lui aussi, tient à la coopération, à la transmission, à la formation, à la création - avec cette réflexion et la volonté d'ancrer son travail dans la proximité et en même temps de pouvoir essaimer, de partager et de coopérer. Pour prendre en main la destinée de ce lieu qu'il ne connaissait pas, il est venu modeste et bienveillant, volontaire, abandonnant ses responsabilités antérieures, concluant le destinée de sa compagnie de danse par un ultime spectacle, N-éon, quittant la direction artistique du Théâtre Francine Vasse à Nantes et abandonnant la vice-présidence Musique et Danse à la SACD.




Le lancement de saison, lors de deux soirées conviviales le 15 et 16 septembre sont l'occasion pour lui et le public de faire connaissance. Autant dans la présentations de ses idées, de ses orientations, de son mode de fonctionnement (que l'on découvre, bienveillant et incluant), de sa lecture du programme (copieux et attractif) de l'année à venir, sous la forme dynamique d'un montage vidéo représentatif des spectacles à venir, que l'on regarde en feuilletant le superbe programme de saison avec les dates, les descriptifs et génériques, ainsi que deux "entremets dansés" et un échange convivial pour clore la soirée.


Violent Delights - Andréa Givanovitch - Luisa Heilbron - Photo: Antoine Raboud


La soirée commence par Violent Delights, le duo d'Andréa Givanovitch et Luisa Heilbron, dansé par Andréa Givanovitch et Clara Lou Munié. Ce court et dense duo, qui commence par une concentration intense et immobile, alterne des moments de tension et de gestes rapides et maîtrisés, d'abord au niveau de la tête et des bras des protagonistes, dans des enchainements impressionnants, suivis de moments d'abandon puis, après une nouvelle séquence d'immobilité, par leur diffusion dans tout le corps. Un concentré d'énergie traverse le couple, noué, entrelacé, qui, de temps en temps, balaye l'espace comme pour y semer ce trop plein de force et de sentiments antagonistes. Puis arrive une accalmie restauratrice. La musique, pulsatile et percussive se mue en ralentissant en vagues ondulantes, faisant émerger sur le plateau en plein air des surgissements de danse de salon avant un ultime portrait figé.


Violent Delights - Andréa Givanovitch - Luisa Heilbron - Photo: Antoine Raboud


Comme un clin d'oeil, cette danse espérée, attendue va resurgir dans une forme à la fois ancienne en noir et blanc et moderne sous la forme  d'une Polka Chinata dans le spectacle d'Alessandro Scianroni Save the last dance for me. Ce dernier nous offrant un deuxième spectacle U. (Un Canto) qui devrait enchanter nos yeux et nos oreilles. Je ne vais pas vous détailler les 34 spectacles qui vont ponctuer l'année, que ce soient ceux de l'artiste associé depuis 3 ans Sylvain Riéjou qui en présente deux, le premier, une transmission de rôle d'un "classique" et une semi(?)-création ou de la création du troisième volet Mue,... et mues, (é)mues, le trio de la chorégraphe japonaise Akiko Hasegawa dont nous avons déjà pu voir les deux premiers volets ici même. Rappeler juste que nous verrons des chorégraphes déjà venu(e)s précédemment, dont, entre autres, Lara Barsacq, Frank Micheletti, Silvia Gribaudi, Solène Wachter, Sarah Cernaux, Marco D'Agostin et Vidal Bini et le retour attendu de Christian Rizzo. Tout comme celui de Bruno Bouché, le directeur du Ballet de l'Opéra National du Rhin comme danseur dans une pièce écrite avec Romain Gneouchev.

Rappeler aussi le Festival l'Année commence (bien!) avec Elles du 14 au 24 janvier où les femmes, dont Catarina Barbosa, Katerina Andreou, Zoé Lakhnati (This is la Mort, vue à Montpellier Danse) et d'autres, vont nous emporter dans une belle dynamique de création. Noter aussi, encore plus dense, les happy days :) du 17 et 18 novembre, où la création européenne va éclater sur la plateforme (Grand Luxe). Se rendre compte qu'il y aura des compagnies de dix pays, dont les deux grecs Efthimios Moschopoulos, et Christos Papadopoulos qui arrive (enfin) à Strasbourg avec un nouveau spectacle (voir mes billets sur Ion et Elvedon). 

Ce dernier sera spectacle accueilli au Maillon, Pôle Sud qui prévoit des travaux énergétiques et d'accessibilité trouvera des point de chute ici et là à Strasbourg (au TJP par exemple ou à l'Opéra). Auparavant, il y aura toujours les "accueils studio" avec,  entre autres Marie Cambois, Léo Gras ou Katerina Andreou qui sera la prochaine "Artiste Associée" à partir de la rentrée. 

Ce programme qu'Yvann Alexandre intégré totalement dans sa démarche d'ouverture et de tissage de liens et d'hospitalité semble prometteur et la soirée nous offre une courte pièce de son choix, Un spectacle que la loi considérera mien conçu et interprété par Olga Dukhovna avec le soutien éclairé de Pauline Léger. Olga Dukhovna née en Ukraine et passée par P.A.R.T.S. chez Anne Teresa De Keersmaeker, et ayant également dansé avec Boris Charmatz nous avait déjà montré à Strasbourg Swan Lake, un solo qu'elle avait créé pendant le confinement. Ici, le spectacle créé au Festival d'Avignon à l'invitation d'Yvann Alexandre pour la petite forme de la SACD - Vive le sujet ! Tentatives, interroge l'acte de créer à partir d'une impossibilité de citer ses références (protégées par le Droit d'Auteur - un sujet très sérieux, de plus en plus aujourd'hui avec l'IA). 


Un spectacle que la loi considérera mien - Olga Dukhovna - Pauline Léger Photo: Guy Raynaud De Lage

De cette contrainte, avec le regard complice de la juriste, Pauline Léger, Olga Dukhovna va, avec brio et humour, nous faire découvrir, entre autres une pièce historique d'Yvonne Rainer, encore protégée. Elle nous convainc à la fois de son talent d'interprète, mais aussi de ses capacités d'invention, d'analyse et de critique pour contourner les obstacles qui peuvent freiner la création. 


Un spectacle que la loi considérera mien - Olga Dukhovna - Photo: Guy Raynaud De Lage


Une leçon à la fois intelligente et virtuose de danse qui sait sur quoi elle s'appuie et nous ouvre par là, et l'histoire de la danse et les règles que l'on pourrait croire obscures, du droit tout en nous proposant un spectacle enjoué et virtuose. 


Un spectacle que la loi considérera mien - Olga Dukhovna - Photo: Guy Raynaud De Lage


Avec une fenêtre ouverte également sur le monde du spectacle et de la variété. Un spectacle qui nous rend intelligent, et attentif.

La soirée s'achève autour d'un verre avec les échanges sur ce que l'on a vu et ce qui nous attend, et une préfiguration que chacun peut faire d'un programme pour l'année, qui s'annonce riche et passionnant. Et l'on dit Bienvenue et Bonne chance au nouveau directeur. 


La Fleur du Dimanche

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