jeudi 21 mai 2026

Croire aux Fauves par Laure Werckmann: Rencontre avec l'autre moi

En novembre 2022, Laure Werckmann a démarré avec J'aime (voir mon billet sur le Blog) d'après le premier livre J'aime de Nane Beauregard ses "portraits de femmes". Croire aux fauves, l'histoire autobiographique de l'anthropologue Nastassja Martin et de son agression par un ours dans les montagnes du Kamtchatka est le troisième opus de cette suite, à travers des textes singuliers et intimes, qui compte déjà quatre pièces, toutes diverses. Dans sa tournée, elle passait au Diapason à Vendenheim, dans une présentation toute en proximité. 

La pièce qu'elle a adaptée et mise en scène cependant ne cherche nullement à construire une fausse complicité, mais elle construit un dispositif où l'on de se rend compte de tout un cheminement vers un monde autre un autre espace, d'autres sensations, d'autres perceptions qui, peu à peu vont nous submerger, nous déstabiliser par la magie du théâtre, des éclairages, des costumes, de la musique. 


Croire aux Fauves - Laure Werckmann - Photo: Adrien Berthet


Alors que dès le départ le signal du théâtre est donné doublement, avec d'une part l'introduction dans cette loge où l'actrice s'habille et se met une perruque et un bonnet pour incarner Nastassja Martin, l'autrice, et, donc, dans une introduction : conférence de présentation du livre dans ces "8èmes rencontres "Art et Enthropologie - débusquer le vrai", où elle lit la première page du livre, l'étrange se tient aux portes et elle fend l'écran d'une autre perception.


Croire aux Fauves - Laure Werckmann - Photo: Adrien Berthet


C'est quatre tableaux, introduits par des rêves "Dreams" révélés dans une sorte de cabine de cartomancienne, qui vont ouvrir les portes de cette rencontre d'univers "autres". En particulier cette "première rencontre" avec l'ours. Plus qu'une agression, c'est une fusion de deux "êtres" qui se mélangent. Mélange de sang et de poils, échange de mâchoire, de la scientifique, qui avait déjà pris des chemins de traverse, et de l'animal mythique dans la forêt de Sibérie, terre de chamanes, avec la proximité d'une pharmacienne qui a décidé de retourner dans la forêt et ses racines, et avec qui elle collabore.


Croire aux Fauves - Laure Werckmann - Photo: Adrien Berthet


C'est cette collaboration qu'elle nous invite, progressivement à expérimenter, après être revenue en "saison 2" - L'hiver. L'hiver de la reconstruction où nous sommes plongés dans les soins, par l'entremise de l'infirmière, du médecin (présence bienveillante de Cyrille Siffer sur le plateau et à la machinerie). Qui nous fait vivre cette "reconstruction", mais nous met aussi en garde. Et, par la "voix des étoiles" nous alerte sur le danger. Et ainsi permet dans la saison 3 - Le printemps, de renaître là-bas chez les Evènes, en Sibérie, en symbiose avec l'ours et la nature. La magie n'est pas que dans la nature, c'est aussi la magie de la représentation, dans le théâtre, sur la scène, qui, avec peu d'éléments nous transporte, grâce à la lumière, un cadre et un peu de fumée, dans les montagnes lointaines et dans les hôpitaux de grandes villes. Et nous fait traverser les portes de l'imaginaire comme celles de la perception. Et par là, nous invite à écouter nos sentiments et nos sensations, à entendre les rêves que nous portons en commun et à nous rattacher à ce monde que nous traversons sans toujours l'entendre.


Croire aux Fauves - Laure Werckmann - Photo: Adrien Berthet


A la musique aussi d'Olivier Mellano qui par ses touches de piano et ses nappes sonores qui nous bercent et nous enveloppent dans ce récit étrange et surprenant, expérience magique d'où nous ressortons transformés. Comme sortant d'un rêve ancien. Une sensation forte, une initiation singulière. Un beau travail.


La Fleur du Dimanche


mercredi 20 mai 2026

Avec Madame Arthur, on Voyage, Voyage dans le temps, l'espace et les genres: Un cabaret du Tonnerre

 Créé en 1946 par Monsieur Marcel, le Cabaret Madame Arthur fut le premier lieu où se sont produits des comédien.ne.s et chanteur.euse.s travestis. Parmi elles, les plus connues, et qui sont devenues trans, Coccinelle, venue d'Algérie, Bambi (dont Sébastien Lifschitz a fait un remarquable portrait et qui a fini sa carrière comme professeure de lettres et écrivaine) auxquelles le spectacle rend hommage, ne serait-ce qu'en chantant en final l'hymne de Madame Arthur qu'interprétait Coccinelle avec son bibi. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker


Mais c'est la version moderne, celle du cabaret rouvert en 2015 et qui, se développant après le Covid après 2023 en organisant des tournées hors les murs, fait étape à Schiltigheim (Strasbourg pour les "créatures"), une dernière* étape apparemment, le pianiste Charly Woodoo - Grand Soir faisant ses adieux après une dizaine d'années de bons et loyaux services. Pendant plus de deux heures et demie, les quatre interprètes, Grand Soir déjà cité, Diamanda Callas, "Pierre et la Rose" et La Briochée vont nous trimbaler à travers l'espace et le temps, sur une sorte de piste de rallie, nous laissant deviner les étapes temporelles relatives à l'histoire du cabaret qui s'entremêlent avec des jalons dans l'Histoire des Droits des l'Homosexuel et des Queers, Trans,... 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker


Le rythme ne manque pas et effeuillant le calendrier des dates pilotes, de 2026 à 1712, (avec la vie dissolue du Régent), pour arriver à - 4052 (2 fois 2026) au temps des Grecs et de la démocratie vécue comme une tragédie, les sautes temporelles traversent les genres, autant musicaux que de récits ou de sexe. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker


Ainsi, Céline Dion, Piaf ou Véronique Sanson côtoient le blues, le soul et le rap. Les explications sur les avancées (ou les reculs) de l'égalité des chances - et des sexes (la dépénalisation de l'homosexualité (1982), le mariage pour tous (2013) et les reculs récents aux USA et Sénégal), et les avancées des combats (1969 - Stonewall à New-York pour les ouvertures de lieux alternatifs pour les minorités sexuelles et raciales) qui ont aussi amené le phénomène des Ballrooms pour lesquels milite ardemment Pierre et la Rose.


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Au point que la salle de la Briqueterie s'enflamme d'une énergie exceptionnelle avec un public qui fait un bruit du tonnerre - zigzaguent en parallèle avec 1889 (l'ouverture du Moulin Rouge, premier cabaret à présenter des revues de French Cacan) ou 3048, une vision futuriste du metier, où l'IA et les robots androïdes - et non androgynes - hoquettent leur texte. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker


L'occasion d'une très belle prestation pour Diamanda Callas de nous offrir une magnifique version de Holidays à faire pâlir Michel Polnareff et ses fesses. Diamanda Callas n'a pas seulement une très belle voix, iel joue aussi très bien la comédie, que ce soit en monarque scrivant ou en tragédien déprimé par les reports de voix. Grand Soir de son  côté (côté piano) n'a pas à rougir de son jeu, ni de sa voix, tenant, dans ses costumes d'étoiles le plateau à lui tout seul pendant que les autres se changent. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Il faut dire que les costumes, fabriqués par les ateliers du Cabaret sont sublimes et magnifient ces "créatures", en particulier La Briochée et ses plumes ou Pierre et la Rose, en de superbes atours. Côté voix, La Briochée joue bien de sa large tessiture et de son interprétation sensible pour nous offrir ses adaptations de tubes qui ponctuent le cabaret. De son côté, Pierre et la Rose et son grain de voix rugueux plutôt soul interprète quelques très beaux textes personnels sensibles, et sa défense de la culture des "House" de Balroom et de queer racisées fait son effet dans le décalage qu'elle propose. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker


L'appel à la prise de conscience des spectateurs à qui il est demandé de ne pas juste soutenir le spectacle mais aussi d'être vigilant sur la fragilité des avancées - rappelant au passage que ces cabarets - et "maisons" ont permis à de nombreuses femmes de s'émanciper et de pouvoir se nourrir sans avoir à vendre leurs charmes sous la contrainte. La palette d'adaptation des chansons de répertoire, principalement français est d'une grande classe, les interprétations impeccables et les comédien.ne.s chanteuses mettent tout leur coeur et leur talent et nous subjuguent de leur voix et de leur énergie et nous laissent subjugués après cette incroyable prestation. De la très belle ouvrage (et pas que de dames.


La Fleur du Dimanche


P.S. Vous vous demandez peut-être pourquoi j'ai dit "Un cabaret du Tonnerre" dans le titre. Eh bien, d'une part, iels sont vraiment formidables; ces quatre mousquetaires du rire trans-gressif, et d'autre part, les passages entre chaque époque donne lieu à un terrible grondement qui nous donne le coup de foudre pour ce spectacle.


Le cabaret de Madame Arthur a vu Joseph Ginsbourg accompagner les spectacles dès le début puis son fils Serge (Gainsbourg) prendre sa suite. En 2015, Le Divan du Monde, adjancent à la Salle du Cabaret Mme Arthur, le récupère et le rouvre après transformation et agrandissement (3 salles, 4 étages, 5 bars) mais récemment des tensions apparaissent dans la gestion des équipes (voir Libération du 29 octobre 2025 et Radio France 30 avril 2026

jeudi 14 mai 2026

Vingt ans après, des artistes réinventent le trésor de Preuschdorf - Une exposition à la Case, une galerie atypique à Preuschdorf

À La Case, à Preuschdorf, plusieurs artistes explorent l’idée du trésor à travers installations, performances, objets, lectures et œuvres plastiques, en résonance avec une histoire locale bien réelle : celle du Trésor de Preuschdorf découvert il y a vingt ans. 

Qui n'a, dans son enfance, rêvé de découvrir un trésor ?

Depuis le trésor L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson jusqu'au Trésor de Rackham le Rouge d'Hergé, publié en feuilleton dans le Quotidien Le Soir en 1943, quand le rédacteur en chef s'appelait Raymond de Becker (je ne l'invente pas), puis sous forme d'album en couleurs en novembre 1945, après la Libération.

Qui n'a pas, dans la même veine, rêvé de trouver une pièce d'or - à défaut d'un coffre ou d'une veine ou d'une mine d'or ? Il y a 20 ans, à Preuschdorf, un habitant du village a trouvé un trésor dans son jardin en voulant planter un prunier. Ce n'est donc pas pour des prunes qu'il a creusé. Ce Trésor de Preuschdorf, riche de 7327 pièces, racheté par le Conseil Général du Bas-Rhin (maintenant CEA - Communauté Européenne d'Alsace, et qui va peut-être encore changer de nom) est maintenant présenté au musée d'Art et d'Histoire de Haguenau.


Trésor de l'Autre-Forêt - Photo: Robert Becker


Pour célébrer l'anniversaire de cette découverte (en archéologie on appelle cela une "invention") Miriam Schwamm a conçu l'exposition Trésor de l'Autre Forêt en invitant quelques artistes à proposer des oeuvres sur cette cette notion de trésor — matériel, symbolique, intime, archéologique ou imaginaire. 

Joignant le geste à la parole, Miriam Schwamm a elle-même entrepris des fouilles dans son jardin avec l’aide du jeune Kilian Groll et de son détecteur de métaux. Plus de cinquante vestiges ont ainsi été exhumés : pièces de monnaie, capsules de bouteilles, clous, fer à cheval et autres fragments du quotidien composent ce « troisième Trésor de Preuschdorf », à la fois modeste, poétique et archéologique (le premier, qui date du début du XXème siècle a "disparu" entre temps).


Performance de Geneviève Charras dans les oeuvres de Miriam Schwamm - Photo: Robert Becker


Dans la Stub de La Case, le duo Julie Gonce et Roman Dörholt présente un remarquable travail à quatre mains mêlant bois tourné et verre soufflé. Ces objets précieux et délicats prolongent l’idée du trésor par le geste artisanal, la matière et la transformation. Julie Gonce a récemment reçu la Médaille d’Or – section sculpture – du Salon des Beaux-Arts de Paris 2025.

  

Julie Gonce - Roman Dönrholt


L'artiste Makis Yalenios, artiste originaire de Grèce et vivant maintenant à Strasbourg, qui avait exposé l'année dernière à Wissembourg dans le cadre des Chemins d'Art Sacré, montre ses trésors artistiques, des créations sur ardoises et une installation dans la cour (également avec des ardoises et de blocs de verre colorés) qui illustre une sorte de retour d'Ithaque, inspiré de l'art traditionnel japonais Kintsugi et du poème " Ithaque " du poète grec égyptien Constantin Cavafy. 


Performance de Geneviève Charras devant Ithaque de Makis Yalenios - Photo: Robert Becker


Une autre installation, fait référence à la destruction de l’ancienne bibliothèque de Strasbourg lors du bombardement de 1870, qui entraîna notamment la disparition du célèbre Hortus Deliciarum. Tubes de verre, fragments de bois et pages partiellement brûlées d'un dictionnaire de l'année 1870 composent une installation où la mémoire elle-même devient trésor fragile


Performance de Geneviève Charras devant l'oeuvre de Makis Yalenios - Photo: Robert Becker


Le long des murs sont également présentées plusieurs œuvres de Robert Becker autour de l’argent, de la monnaie et de la valeur symbolique des objets.


Trésor - Robert Becker


L’œuvre Trésor, une lithographie ancienne intégrée dans un cadre “kintsugisé”, associe une image pieuse à un assemblage de pièces de un et deux centimes formant le mot « TRESOR ». L’œuvre joue à la fois sur la valeur matérielle de la petite monnaie, son accumulation, mais aussi sur la notion de trésor spirituel ou familial. La présentation se matérialise sous forme de "pléonasme", les pièces formant ensemble le mot qui les définit "Trésor" qui résonnent en écho aux pièces de (petite) monnaie du "Trésor de Preuschdorf", lui aussi accumulation de "petite monnaie". 


Performance de Geneviève Charras devant Trésor - 20 Rouge - 20 Blanc -  Photo: Robert Becker


L’oeuvre interroge ainsi la valeur de l’argent (que vaut une masse – relative – de petite monnaie) et de l’art: que vaut une oeuvre d’art constituée de pièces qui ont une valeur marchande, même si elle est ridicule ? Cette valeur est-elle celle de la "présentation" (la mise en forme) ou celle du "concept" - un ready-made qui cherche autant du côté de Marcel Duchamp que des artiste conceptuels américains (Joseph Kosuth, Robert Barry, Laurence Wiener,…) ou, tout comme les Schlusselpfeninge, prendront ils de la valeur dans le futur ? L’oeuvre "Trésor" pose aussi la question du trésor "caché" et de son dévoilement par sa nomination dans un même mouvement. 

Ainsi, l’oeuvre répond aussi aux deux définitions du mot selon le dictionnaire du CNRTL – Centre National des Ressources Textuelles et Lexicale :

1. Somme d'argent considérée parfois comme importante parce qu'elle est le fruit d'économies, voire de privations (c’est relatif ! mais ça fait grossir le « cochon ») 

2. Collection d'œuvres considérées comme précieuses dans le domaine artistique


A côté sont exposées deux oeuvres "anciennes" (2010) les deux oeuvres 20 rouge et 20 blanc, une réflexion complémentaire sur l’argent, la monnaie et sa matérialité, ainsi que son sens premier et sa "transformation". Réalisées avec 20 billets neufs, respectivement de 20 Francs suisses et de 20 Euros sur lesquels a été tamponné le texte "ROUGE" ou "BLANC" derrière le 20, la date de l’action et numérotés de 1 à 20. Le chiffre 20 remplace le texte manquant et joue sur l’homonymie entre 20 et "VIN". L’action de recouvrir un billet de traces ou de signes peut, dans certains pays être considéré comme un délit, mais ce n'est pas la cas en Europe où le délit ne concerne que dans la contrefaçon ou la falsification. L’impression d’un texte sur un billet de banque n'est qu'un acte "iconoclaste"», la contestation du "sacré" du "Trésor National". Cette action peut se voir comme une "dévalorisation" du billet, tout comme elle peut rajouter une valeur artistique, donc financière, indépendante de la valeur "faciale" du billet. 


Trésor - 20 Rouge - 20 Blanc - Robert Becker


Ces modifications mettent le regardeur, éventuellement l’acheteur, devant l’interrogation de la valeur (ajoutée) de l’objet - que ce soit chaque billet individuel ou cette présentation d’exposition en assemblage de 20 et sa réalité. Le jeu sur le texte, qui lui renvoie vers un autre objet et concept, le vin, apporte à l’objet (oeuvre d’art, à la limite du Ready-made) une échappée vers l’imaginaire et d’autres sens: le goût, l’odeur et la vue. Ainsi perturbé, l’objet lui-même, sa perception, sa couleur et la métaphore qu’induit cette couleur, le message rajouté sur le billet, si minimal soit-il, incite ainsi considérer ce billet comme autre chose qu’un simple billet de banque: vecteur d’un message ou d’une interrogation (quel rouge, ou blanc, quel vin, vingt, vain, vainc ?). 

Une autre oeuvre, imposante (2 mètres 50 su 1 mètre 50), collage de divers billets, articles ou publicités qui se servent de l'argent sous la forme de billets plus ou moins transformés ou de pièces d'argent ou d'or, questionne également la matérialité et la réalité de l'argent et de son accumulation.


Papier Monnaie - Robert Becker


Quelques billets (imitations ou interprétations) donnent un dernier éclairage sur les transformation que l'objet "billet de banque" peut initier.

Et pour conclure dans la démesure, la pièce "Le milliard de la Bégum" présenté sous forme de devinette:


Le milliard de la Begum - Robert Becker


L’exposition se déploie ainsi comme une exploration multiple du trésor : trésor archéologique, trésor intime, trésor artistique, mémoire collective, objet de désir ou simple fragment du quotidien soudain réinvesti de sens.

Plusieurs rendez-vous ponctuent également l’exposition.

Le samedi 16 mai vers 16h00, Makis Yalenios et Michel Volmer proposeront une lecture du poème Ithaque.

Geneviève Charras, la « charivarieuse », interviendra également lors de plusieurs performances les 16, 17, 23 et 24 mai à 16h00 autour de variations personnelles sur le thème du trésor : Mon trésor est Publi, Mon trésor et République ou encore Cash-cash aux trésors.

Enfin, une édition spéciale intitulée TRESOR sera proposée autour de billets de cinq, dix et vingt euros transformés en objets artistiques, disponibles prochainement à la souscription.


La Fleur du Dimanche


P.S. Si vous voulez être informés des prochaines exposition ou actualités artistiques (3-4 mails par an) je vous invite à vous inscrire via le formulaire sous le lien ici à ma lettre d'information - et n'oubliez pas de confirmer cette inscription en renvoyant le mail qui vous sera envoyé par la plateforme Brevo - attention il peut se cacher dans les spams.

P.P.S. : Si vous souhaitez participer à une bourse de covoiturage (Strasbourg Preuschdorf), merci de m'envoyer un message avec les dates et le statut : passager et/ou conducteur ou les 2...


Informations pratiques

La Case
Exposition : Les Trésors de l’Autre-Forêt
Horaires
16 et 17 mai : 14h00 – 19h00
23 et 24 mai (Ateliers Ouverts) : 10h00 – 18h00
30 et 31 mai : 14h00 – 19h00
Entrée libre
Performances de Geneviève Charras
16h00 les 16, 17, 23 et 24 mai
Lecture d’Ithaque
samedi 16 mai vers 16h00 par Makis Yalenios et Michel Volmer



Horaires des performances de Geneviève Charras









lundi 11 mai 2026

All Over Nymphéas d'Emmanuel Eggermont au Maillon: pour la beauté du geste et de la posture

 La recréation de la pièce All Over Nymphéas d'Emmanuel Eggermont est un exemple parfait de collaboration pour que la culture, et la danse, vive et touche le public auquel elle est destinée. Ce ne sont pas moins de quatre structures qui ont oeuvré à la reprise de cette pièce qui fait partie du triptyque avec Polis (le noir avec Pierre Soulages - l'Outrenoir), et Abberation (le blanc dont Kandinsky vante les "possibilités vivantes"), à savoir Le Ballet de l'Opéra National du Rhin, la Comédie de Colmar, le Maillon et Pôle Sud. Présentée en création à Colmar en novembre 2025, elle a été montrée à la Filature en mars dans le cadre du Parcours Danse et termine le circuit alsacien au Maillon avec le Parcours Danse avec Pôle Sud et l'Opéra National du Rhin. 


All Over Nymphéas - Emmanuel Eggermont - Photo: Agathe Poupeney


La pièce, qui à la création comportait un effectif de cinq danseurs (dont Emmanuel Eggermont) est aujourd'hui dansée par neuf danseurs (plus une danseuse en alternance) du Ballet de l'Opéra National du Rhin sur une composition musicale de Julien Lepreux (fidèle compositeur associé à Emmanuel Eggermont qui a également composé la partie musicale de Caravage de Bruno Bouché, vu récemment). 


All Over Nymphéas - Emmanuel Eggermont - Photo: Agathe Poupeney


C'est d'ailleurs dans une ambiance nocturne, avec une musique faite de crissements et de bruissements qui se rapprochent du début de la pièce Caravage que débute All Over Nymphéas, avec des personnages vêtus de noir (une couleur qu'apprécie bien Emmanuel Eggermont qui a nommé sa compagnie L'Anthracite) qui arpentent - en chaussures noires - le plateau, d'abord en petit nombre, puis de plus en plus nombreux. Chacun et chacune exécute de minuscules gestes - mouvements des doigts, de mains ou de la tête - d'une beauté et d'une précision incroyable, surprenants également, en décrivant des trajectoires orthogonales, souvent pivotant à angle droit, dans une sorte d'accumulation-dispersion, tout comme la musique qui empile des rythmes ou répète à satiété des boucles et des variations on encore des battements. 


All Over Nymphéas - Emmanuel Eggermont - Photo: Agathe Poupeney


Les interprètes apparaissent, disparaissent dans cet univers variable où un tapis bleu géométrique découvre à un moment en s'élargissant des flaques brillantes géométriques qui, portées, se transforment en miroir de Narcisse ou en écran transparent et coloré, une autre feuille translucide transforme la danseuse en hologramme. Les costumes (comme dans un défilé de mode) se colorent aussi, discrètement, en tissus satiné vert et bleu, tandis que les danseurs et les danseuses prennent des caractéristiques plus variées et souples, s'incarnant en personnages, par exemple en contorsionniste ou en mannequin, en sirène, prenant des poses, debout, assises ou couchées, comme extraits de tableaux. 


All Over Nymphéas - Emmanuel Eggermont - Photo: Agathe Poupeney


Des moulinets des bras et des jambes ou de grandes traversées avec sauts avec couverture dorée parsèment de pointes baroques de leur fulgurances sauvages la vie du plateau, tout comme les trois chevaliers torse nu avec un bouclier que deviennent les danseurs sans bras en en cuirasse dorée (on ne les voyait pas à cause des leurs longs gants noirs). On apprécie aussi l'esprit d'architecte de Emmanuel Eggermont autant dans l'évolutions de plateau qui se transforme qu'avec les trois rideaux de tubes variables qui ponctuent l'espace. 


All Over Nymphéas - Emmanuel Eggermont - Photo: Agathe Poupeney


Cet espace qui n'est pas seulement ce bassin aux nymphéas de Monet, lac des cygnes en réduction, mais aussi  le lieu de l'accumulation presque surréaliste où les gestes, les motifs et les leitmotive, autant chorégraphiques que musicaux, s'accumulent (comme chez Arman) avec le "All Over", ce "recouvrement" en peinture, pour atteindre un trop plein pour les sens, qui déborde et s'épanche, au-delà de ce plateau-bassin, en flots furieux qui nous submergent. Pour nous redéposer, après la tempête, sur le bord  du bassin, à digérer la richesse et la variété des nuances et des sentiments par lesquels nous sommes passés pendant cette heure et demie sans trêve. Une superbe performance !


La Fleur du Dimanche    


All Over Nymphéas


Distribution
Concept, chorégraphie, scénographie
Emmanuel Eggermont
Musique originale
Julien Lepreux
Collaboration artistique
Jihyé Jung
Costumes
Emmanuel Eggermont, Jihyé Jung, Kite Vollard
Accessoires
Lucie Legrand
Lumières
Alice Dussart

Danseurs et danseuses
Christina Cecchini
Ana Enriquez
Brett Fukuda
Di He
Erwan Jeammot (ou Julia Weiss)
Pierre-Émile Lemieux-Venne
Jesse Lyon
Leonora Nummi
Alexandre Plesis