dimanche 3 juillet 2016

100.000 fleurs pour l'été et des adieux, un fois, deux fois, trois fois....

100.000 fleurs, c'est ce que je vous offre pour ce premier dimanche de juillet, en référence aux 100.000* pages vues sur le blog de la Fleur du Dimanche.
Et cent mille mercis à vous lecteurs quotidiens (pas que dominicaux) de ce blog qui existe maintenant depuis 2010 jours....
Et pour passer l'été, je fais appel à vous - comme le printemps était pluvieux - pour me procurer les fleurs qui vous accompagnerons en vacances. Je n'en ai plus en "réserve" alors, chassez-les dans votre jardin, dans les prés et où vous pouvez, pour que je puisse les partager avec vous pendant la période estivale.
Merci de me les envoyer par mail avant le 14 juillet et de m'autoriser à les publier jusqu'à la rentrée.

Les fleurs sont rares, mais les hommages pleuvent, aujourd'hui, avec des fleurs en pot ou en vases, j'avais prévu de rendre 3 hommages, l'actualité a fait grimper le chiffre....

Mais tout d'abord, celui qui a eu l'honneur le 2 mars 2011 à une page - la 5ème de la Fleur du Dimanche et la première à ne pas avoir été publiée un dimanche - Yves Bonnefoy, qui, à l'occasion de sa venue à Strasbourg a vu son poème "Un arbre", illustré d'un "mural" d'Aleschinsky publié sur notre blog.



Pot de fleurs de galerie - Photo: lfdd


Yves Bonnefoy, dont tout le monde - ou presque a parlé cette semaine est mort, l'occasion de publier en TVA quelques-unes de ses réflexions et de ses poèmes. La première citation est en ligne droite de nos dernières publications (voir Fleur, feuille, fruit: Savons-nous toujours ce que nous désirons? et les réponses de dimanche dernier)

"A quoi bon tant désirer
Mais sans pouvoir ? Avoir voulu parler
Mais sans phrases pour dire ? Avoir regret
Mais seul, et sans qu’un autre ait pu comprendre?"

Et concernant la poésie, une réponse - ou une injonction:

"Le lecteur de la poésie n'analyse pas, il fait le serment de l'auteur, son proche, de demeurer dans l'intense."

Yves Bonnefoy n'a pas beaucoup parlé de fleurs - même si un de ses articles publié en 1972 dans Mouvements premiers, Études critiques chez José Corti était intitulé "La fleur double et la sente étroite".

Il disait aussi dans un entretien avec Amaury da Cunha dans Le Monde des livres le 12 novembre 2010, à propos des motes et des choses, et surtout de la poésie et du son - premier :

"Cette idée de la chose comme un interlocuteur, c’est rappeler l’expérience de l’enfant avant que peu à peu il ne se laisse convaincre, par l’exemple et l’enseignement des adultes, d’appréhender le monde comme une donnée passive, manipulable: comme du réifié et non du vivant. Je crois que la poésie n’est que la préservation de ce sentiment de présence de tout à tout qui faisait le bonheur et aussi l’angoisse des “journées enfantes” […]. Et comment préserver cette expérience première, cela peut être, c’est même à mon sens la principale façon, par la perception dans les vocables de leur son, leur son comme tel qui est au-delà, dans chacun, des signifiés par lesquels la pensée conceptualisée voile en eux la présence possible de ce qu’ils nomment."


Donc, place à sa poésie, un petit bouquet:

Les Planches courbes 

Je me souviens, c'était un matin, l'été,
La fenêtre était entrouverte, je m'approchais,
J'apercevais mon père au fond du jardin.
Il était immobile, il regardait
Où, quoi, je ne savais, au-dehors de tout,
Voûté comme il était déjà mais redressant
Son regard vers l'inaccompli ou l'impossible.
Il avait déposé la pioche, la bêche,
L'air était frais ce matin-là du monde,
Mais impénétrable est la fraîcheur même, et cruel
Le souvenir des matins de l'enfance.
Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière,
Je ne le savais pas,je ne sais encore.


L'heure présente

Leurs doigts se touchent
Presque, mais dans le rien de cet écart
S’ouvre l’abîme entre être et apparence.


QUE CE MONDE DEMEURE  - VI

Bois, disait celle qui
S'était penchée,
Quand il pleurait, confiant,
Après sa chute.

Bois, et qu'ouvre ta main
Ma robe rouge,
Que consente ta bouche
À sa bonne fièvre.

De ton mal presque plus
Rien ne te brûle,
Bois de cette eau, qui est
L'esprit qui rêve.


L'heure présente

Le bonheur ne m’a guère souri sur cette terre.
Où vais-je ? Je cherche dans ces montagnes
Le silence, la paix du cœur. C’est ma patrie,
Je n’errerai plus jamais loin d’elle.
Les cimes de partout redeviennent bleues,
Vais-je te dire adieu ? Non, qu’à jamais,
A jamais bruisse l’eau, refleurisse l’herbe !



Pot de fleur de musée - Centre Pompidou -  Beaubourg -  de Rijke et deRooij - Photo: lfdd

Pour information, le bouquet des artistes de Rijke et de Rooij est la reconstitution du bouquet de la commémoration de la fête nationale du 5 mai (souvenir du 5 mai 1945 , libération des Pays-Bas) célébré en Iraq au camp Smitty, le 5 mai 2004, autre symbole de libération.


Le deuxième hommage, c'est pour Michel Rocard qui a dit: 
"Le métier politique ne consiste pas à inventer les solutions. C'est l'affaire d'experts, de chercheurs, de spécialistes en sciences exactes et plus encore en sciences humaines. Le métier politique, explicitement et limitativement, consiste, devant un problème repéré, à faire l'inventaire des solutions proposées par la science ou la technique, puis à choisir celle qu'il pense pouvoir faire accepter à l'opinion et grâce à cela la traduire dans les décisions législatives ou réglementaires."

Michel Rocard a aussi été à l'origine d'une phrase reprise récemment et qui a fait polémique, en voici un extrait plus complet du discours où il a parlé du problème - aigu - de l'accueil des immigrants (plus complet - mais pas la totalité - du discours ici):

"Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l'Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles. Aussi bien, et si pénible que cela soit pour les fonctionnaires quotidiennement confrontés à des situations humaines déchirantes, nous faut-il résister à cette poussée constante.

Pour autant, nous savons tous que nul gouvernement n'a le pouvoir, quand bien même il en aurait l'intention, de faire de notre pays une sorte de bunker parfaitement étanche (...).


Notre histoire ne nous y porte pas et, de toute façon, notre géographie nous en empêcherait.

A partir de ce constat, certains considèrent que la seule solution consiste à nous bâtir à l'étranger une réputation de rigueur suffisante pour dissuader l'immigration. Faisons en sorte, disent-ils, que tous les candidats à l'immigration clandestine sachent nos frontières infranchissables, et ils renonceront à venir. Je ne sous-estime pas cet aspect. (...)

Au-delà, je voudrais que le problème soit enfin perçu au niveau où il se pose.

Vue du fin fond de l'Afrique ou de l'Asie, la France est toujours la France, que son Premier ministre soit socialiste ou président du RPR. (...)

Ceux qui vivent, ou plutôt qui survivent, dans le plus extrême dénuement voient la France comme une terre de liberté et d'opulence. Et dans la situation où ils se trouvent, ils sont bien souvent prêts à affronter n'importe quel risque pour atteindre des pays qui, vus du leur, leur apparaissent comme une espèce d'Eldorado.

Ainsi, pour lutter efficacement contre l'immigration, il faut agir sur les causes et pas seulement sur les effets. Agir sur les causes, cela signifie contribuer à ce que les populations concernées puissent avoir un espoir chez elles plutôt que de venir le rechercher chez nous.

Cela exige donc avant tout de mener une politique de coopération ambitieuse et de mettre un peu d'ordre dans les affaires économiques de la planète.
La solution réelle du problème, elle est là et là seulement. 
(...)
Mais il nous faut aussi avoir la lucidité de savoir que cette solution ne pourra jamais être à la mesure du problème, qu'elle ne sera pas suffisante à le régler. Elle est un pis-aller nécessaire, tandis que le remède unique et véritable ne réside que dans le développement du Tiers Monde."


Le troisième hommage était pour un artiste: Jean-Pierre Bertrand, né en 1937, qui est mort hier.

Voici, en échos aux fleurs du jour, un vue d'une de ses expositions avec des citronniers en pot (et ses tableaux):


Exposition Jean-Peirre Bertrand 


Il se trouve que l'actualité, très généreuse a gonflé le nombre des hommages du jour en y rajoutant Elie Wiesel et Michael Cimino (réalisateur de "Voyage au bout de l'enfer").
Voici, pour finir pour les TVA, une phase du prix Nobel de la Paix, prononcée lors du Discours de remise du prix à Oslo, le 10 décembre 1986:
"La neutralité aide l'oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté."

Et une autre de ses pensées:

“Un être humain est libre, non quand l'autre ne l'est pas, mais quand l'autre l'est aussi.”

Pot de fleurs de galerie - Photo: lfdd

Et pour finir en chanson, pour clore la question du désir et de l'envie, une chanson de Jeanne Balibar: Le Tour Du Monde


 


Le Tour Du Monde :

Je voudrai faire le tour du monde
Par les Indes, le Pacifique
Le Bosphore et les Amériques
Retrouver quelques personnages
Morts à mon âge

Le tour du monde
Le tour du monde

Le tour de la question des morts
Sur terre, en mer et dans le ciel
Je veux mettre un terme aux rumeurs
Avoir un amant officiel
Mon officiel

Le tour du monde
Le tour du monde

Je veux être une enfant qu'on garde
Me faire enfermer en première
Un tour de l'enfer en frégate
Un chemin de croix en croisière
Croix en croisière

Le tour du monde
Le tour du monde

Regarder dans ma longue vue
Le relief de ma longue vie
Mettre en joue et tirer à vue
Sur ce dont je n'ai plus envie
N'ai plus envie

Le tour du monde
Le tour du monde
Le tour du monde
Le tour du monde.


Et pour finir de vous torturer avec sa voix , encore Jeanne Balibar avec Torture:





Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

* pour les 100.000 vues en 2.009 jours, sachez que cela fait en moyenne 50 pages vues par jour (sachant que les 2 premier mois - mars et avril 2011 n'ont vu que 120 visiteurs environ) et que la moyenne générale des pages est de 150 vues - la première du classement étant la page du 10 novembre 2013 "La Fleur du Dimanche paresse sous la pluie" vue plus de 1250 fois (sachez aussi que le nombre de pages vues est supérieur à ce chiffre - qui n'est qu'un minimum, l'outil Google rétrogradant de temps en temps le nombre de pages vues en "ôtant" des lecteurs....

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